Les Mystères Alex et Zahni
Livre Un - Demi Lune

La brève histoire d’une ville singulière 

  Les plus anciens occupants de Demi Lune étaient différents à bien des égards des autres anciennes cultures. Il n'y avait pas de hiérarchie, il n'y avait pas de dieux pour dire à la tribu comment agir et les prisonniers de guerre étaient traités avec une telle gentillesse qu'ils ne voulaient plus partir. 

  Suivez votre conscience, ne vous souciez pas pour l’avenir et soyez prêt à toute éventualité. Telle était la philosophie Agape. Les archéologues ont retracé leurs origines à plus de trois mille ans. À l'époque, Demi Lune était une île, jusqu'à ce que les océans se retirent et qu'elle devienne une péninsule.

  Un épais mur de bambou entourait le village avec des fentes invisibles pour les archers. Ainsi faisant, l'ennemi prennait la fuite dans la plus grande confusion quand des centaines de flèches pleuvant mystérieusement au-dessus de leurs têtes. Le système astucieux d'autodéfense garda la tribu en sécurité jusqu'à ce que les conquistadors espagnols remontent la côte des Caraïbes, laissant la mort et la destruction sur leur chemin.

​   Les Agape ont vu qu'ils ne pouvaient gagner cette bataille, et après avoir rependu des feuilles de chêne autour des maisons ils sont partis avec leurs vaisseaux. Seuls les archers sont restés, et une fois que tous les soldats sont entrés dans le village ils ont lancé leurs flèches enflammées par-dessus le mur.

  Aveuglés par la fumée les chevaux ont catapulté les malheureux cavaliers, leurs casques à bec couronnés de plumes s’envolant comme tant d'oiseaux blessés. Désorienté et glissant sur les feuilles fuligineuses, ils se sont retournés les uns contre les autres.

  Lorsque la chaleur s'accumule dans ses cavités, le bambou explose comme un gigantesque pétard. Imaginez des milliers de ces tiges détonant, certaines la taille de poteaux téléphoniques, alors que les bâtiments s’enflammaient. Horrifiés, comme s'ils avaient vu l'antichambre de l'enfer, les soldats se sont sauvés de toute hâte laissant derrière eux leurs casques, leurs armes, leurs morts et leur dignité.  

   Les chevaux furent retrouvés buvant dans un ruisseau dans la forêt de bambou. Une fois établi qu’ils étaient dociles, ces animaux extraordinaires furent libéré de leurs lourdes selles et les enfants chargés à s'en occuper. Les archers sont retournés au village le jour suivant pour voir si les soldats allaient revenir mais, d'après un passage dans un journal daté le 15 septembre 1538, les conquistadors sont partis la nuit même. Demi Lune fut abandonnée cent quarante ans, submergée par une émeute de végétation tropicale prise en otage par des vignes de la taille d'anacondas.

  En 1678 un groupe de pionniers d'Europe, intrigués par le nombre d'oiseaux planant au-dessus de la péninsule, ont frayé un chemin à travers l'épais feuillage. Tombés sur l'impressionnante source d’eau fraiche ils ont décidé que c'était ici qu'ils allaient fonder leur ville. Deux pionniers en particulier étaient responsables de sa future prospérité ; un aventurier excentrique du nom de Gaetano Galeazzi et la jeune fille du Docteur Brunner, Eleanora.

  Galeazzi, dont les passe-temps étaient la chimie et la botanique, ramassait des plantes près de la forêt de bambou lorsqu'il se foula la cheville. Il cherchait un bâton assez solide pour l'aider à marcher lorsque sont apparu deux hommes et une jeune fille. Sans un mot, les hommes ont confectionné un cataplasme avec des baies violettes qu’ils ont étendue sur la cheville enflée, pendant que l'enfant cherchait un bâton pour faire une béquille.


   Les Agape, qui s'étaient installés dans la clairière où ils avaient trouvé les chevaux, connaissaient les coutumes européennes, mais n'ont jamais vu quelqu'un semblable à Galeazzi. Élancé, avec des jambes singulièrement minces, il s’accoutrait de kimonos en soie brodés de dragons enchevêtrés. Son visage pale était couvert de taches de rousseur tandis que d'épaisses lunettes sans monture lui donnaient l’effet d’avoir les yeux détachés. Ses cheveux blonds vaporeux étaient tenus en échec par un peigne incrusté de jade et de corail (cadeau d'une française en Indochine). Quand il était dans la forêt il se protégeait d'un voile drapé sur un chapeau à larges bords rentré sous le col. Paré de cette manière il ressemblait à un colossal insecte.

    La cheville s'est rapidement réparée et Galeazzi, curieux d'en savoir plus sur les herbes qu'ils utilisaient pour guérir, se lia d’amitié avec ses bienfaiteurs. Faisant équipe avec Eleanora Brunner ils ont compilé les remèdes dans un cahier avec des dessins détaillant chaque plante. Une amie de la famille les encouragea à publier leur travail - l'imprimerie étant récemment arrivée dans le Nouveau Monde - et rapporta des exemplaires avec elle en Angleterre. Le livret gagna en popularité et fut à la mode parmi l'élite d'en posséder. Le fiancé d'Eleanor eut l'idée de récolter et vendre les herbes. Cultivées dans le sol riche autour du Lac Mantis, elles étaient expédiées d'un bâtiment en brique avec une mosaïque au-dessus de la porte d’entrée proclamant Demi Lune Herbals, Inc. Peu de temps après, l'entreprise devint la principale industrie de la ville.
 
   La source d'eau, transformée en un lac de taille convenable entouré d'une promenade et le Lac Lune fut inauguré en 1753 en grande pompe par Randolph Carrington, maire et homme d’affaires avec une vision. Les visiteurs venaient de loin à pour se détendre dans le parc et se baigner dans le lac riche en minéraux. La ville prospéra.


   En 1895 un jeune avocat Belge, Maître Jean-Auguste Dubois, s'installa à Demi Lune avec sa famille. Archéologue amateur passionné, il emmenait ses enfants faire des fouilles tandis que sa femme et sa belle-mère, peu enclines à s'encombrer de moustiques et de serpents, classaient les artefacts du mieux qu'elles pouvaient.

   Vingt ans plus tard, Dubois acheta un terrain face au Lac Lune et fit appel à son ancien camarade de classe, l'architecte François Balère, pour concevoir un musée dans le but d’abriter sa collection. Il voulut que le bâtiment ressemble à une serre entourée d'un jardin botanique et Balère ajouta un dôme de verre, à l'époque populaire auprès la noblesse européenne. Le Musée d'Histoire Dubois fut achevé en 1920 avec un dôme filtrant les rayons de soleil à travers d’un prisme. 


   Après la Seconde Guerre Mondiale la population de la péninsule doubla, et dans les années soixante la moitié des habitants avaient émigré de différents pays de sorte que des quartiers entiers présentaient l’architecture et le style de vie distinctives à chaque culture. En 1972 les limites de la ville s'étendaient sur le continent allant jusqu'au Lac Mantis, où une communauté d'agriculteurs fournit œufs, produits laitiers, fruits et légumes pour les restaurants et marchés.

    Le littoral sur le continent au nord de la péninsule est parsemé de motels et de restaurants familiaux. Plus au nord se trouve une station-service, une épicerie, une épicerie, deux églises, un bureau de poste, une caserne de pompiers, une installation d'entreposage, un quai pour bateaux et un parc à roulottes. Au sud se trouve la forêt de bambous et le marécage abritant d'innombrables oiseaux et de très gros alligators. Au-delà du marécage se trouve la ville de Patras, population trois mille deux cents. Fondée par des réfugiés grecs après la Guerre Gréco-Turque, elle abritait la plus ancienne quincaillerie de l'État.

- Chapitre Un -


   ALEX, allongé sur le dos, fixait l’éventail qui pivotait sur son ancien axe. C'était sa troisième tentative de s'hypnotiser sauf que le grincement de l'éventail et les cris lointains des mouettes l’endormait.

   « Pourquoi mon cerveau ne fait-il pas ce que je lui dis de faire ? »

  Alexandra et son frère Zahni étaient sur le porche en attendant que Maria et Mario, leurs voisins et amis les plus proches, reviennent de la messe avec leur mère. Le plan était de prendre le bus jusqu'au musée pour voir l'exposition sur les oiseaux préhistoriques, puis nager au lac. Sans lever les yeux de son livre, Zahni dit :

   « Apparemment Saint Paul a posé à Dieu la même question. »

   « Sérieux ? »

   « Quelque chose du genre : Dieu, pourquoi lorsque je décide de faire une chose je finis par faire le contraire ? »
    Alex gémit. Si un saint se posait la question, quelle chance avait-elle de se discipliner ?

  « Il était déprimé, » ajouta Zahni.

  « Pas surprenant. »

  « Je veux dire cliniquement, probablement bipolaire. »

  Qui sait où son frère de neuf ans trouva ce morceau de potin prophétique. Alex cessa de se poser la question, depuis qu'elle est rentrée de l'école pour découvrir qu’il avait lu, en un après-midi, tout son texte scolaire de sciences. Il avait quatre ans.

  Zahni, cinq ans plus jeunes que sa sœur, était un niveau au-dessus d'elle à l’école. Il aurait pu aller au Lycéum, où les élèves doués étaient exposés aux plus grands esprits. La famille en discuta et décida à l'unanimité qu'il demeurerait à la maison. Il fréquenterait l’école publique et resterait en même temps en contact avec le Lycéum jusqu'à ce qu'il choisisse une université.

  La première année pour Zahni était, comme on pouvait s'y attendre, difficile. Il était tour à tour taquiné ou ignoré par les autres étudiants jusqu'au jour où sa classe trouva le concierge dans la bibliothèque, par terre et inconscient. Lucy Jenkins, qui portait sa frange jusqu'au nez, trébucha sur le corps et poussa un cri à glacer le sang, entendu jusqu’à la cafétéria. Les étudiants se sont précipités hors de la salle et en un rien de temps tout le campus apprit l'existence de « l’homme mort ». Zahni lui donna les premiers soins et à l’arrivée des médecins le vieil homme avait déjà repris conscience.

  Un fan de Sherlock Holmes, c’est grâce à ses observations que Zahni a pu aider le détective Khan résoudre le mystère. Il était certain que quelqu'un d'autre se trouvait dans la bibliothèque même si en réalité il ne vit personne. C’était plus comme un sentiment et quand la police ne l’a pas cru il mena sa propre enquête. Si rien n'avait été pris dans la bibliothèque il supposait que quelque chose dû être placé, mais comment la personne était-elle entrée et quel était le motif ?


  Construit en 1930, l’école était un bâtiment ayant subi plusieurs améliorations depuis sa conception. Zahni découvrit par Artimus Bentham, chapelier à la retraite, qu'à l'origine c’était un « speakeasy » servant des boissons alcooliques pendant la Prohibition. Les speakeasys, dit Monsieur Bentham, avaient des issues de secours cachées pour leurs clients au cas où la police arriverait pour les arrêter.

  Zahni trouva, dans la salle des archives à l'Hôtel de Ville, les plans du bâtiment avec un passage secret. et convainquit le détective Kahn d'installer une caméra de surveillance dans la bibliothèque. Effectivement, la troisième nuit un homme apparu d'une porte derrière les étagères et fut surpris en train de dérober une miniature rare du treizième siècle, caché dans l’un des livres.

  Il fut ensuite traité avec courtoisie par les autres étudiants, et si les taquineries n’ont cessé complètement, il n'était plus considéré comme un inadapté.

  Zahni tenait en particulier voir l'attraction principale au musée, un squelette en cristal fossilisé d'un oiseau préhistorique que les scientifiques avaient intitulé Archæoptéryx Crystallo. Pendant tout l'été il amassait des squelettes d'oiseaux blanchis par le soleil. Généralement peu enclin à l’exercice, il se levait tôt le matin pour parcourir la plage derrière la maison pour cueillir les délicats squelettes.

  Son père l'aida à transformer le cabanon dans le jardin en chambre noire. Ils ont aussi modifié une table en installant des bulbes sous une feuille de verre pour qu’il puisse voir à l'intérieur des os dont les sacs l’air étaient le prolongement des poumons. Le rayonnement lumineux dégageait une illusion distincte de plumes, transparentes et légères. 

  Physiquement, Zahni tenait de son père. Kadir Darvish était un émigrant Iranien qui fuit la Révolution Islamique avec ses parents. Il obtint son diplôme avec mention et enseigna à l'université jusqu'à ce qu'il voie qu'il pouvait gagner davantage comme chauffeur de taxi, avec plus de temps pour lire. Les parents de Kadir ont pris ce changement de carrière comme un affront personnel, un parmi tant d'autres. Le plus flagrant de tous était que leur fils unique se marie en dehors de la foi musulmane. Sa mère supplia, pleura et menaça de rompre tous les liens.

  De nombreux Iraniens avaient immigré à Half Moon à cause de la révolution pour former une communauté très unie, mais Mme Darvish préférait se plaindre plutôt que de faire des amies. Heureusement pour Kadir, pendant que ses parents travaillaient il restait avec son grand-oncle, un homme sage et bon qui encouragea la curiosité insatiable de son neveu.

  Alex avait la peau claire, les yeux noisette et les cheveux auburn de sa mère Julia. Grande pour son âge, elle rendait sa mère folle lorsqu’il s’agissait d’acheter des vêtements. À l'école, Coach la coinça plusieurs fois dans le couloir pour la persuader de faire partie de l'équipe de basket-ball. Bonne chance. Introvertie, elle abhorrait les sports de compétition plus encore que l’achat de vêtements. En CE2 une enseignante remarqua à quel point elle nageait bien et elle se retrouva dans l'équipe. Le jour de la compétition, alors qu'elle était sur le point d'atteindre l'autre bout de la piscine, elle figea avec tout le monde sur les gradins qui lui criait dessus. Son école a perdu. C’était le pire jour de sa vie. Pourquoi était-il si important de ‘battre’ quelqu'un ?

  Si les parents de Kadir s’opposaient à l'union de leur fils avec une non-musulmane, horrifié n'est pas un mot assez fort pour décrire la réaction du père de Julia, un baptiste, lorsqu'elle annonça à ses parents qu'elle était fiancée à un Iranien.

  « Tu veux épousez un Arabe ? » demanda sa mère avec incertitude. « Pourquoi donc ? »

  « Pas un Arabe, un Iranien, » répondit patiemment Julia. « Kadir est né en Iran. »

  « Oh. Iran, » dit vaguement sa mère. Où était l'Iran, exactement ?

  Son père en était à son deuxième martini et regardait par la fenêtre du salon, entre les rideaux de chintz fleuri qu'il détestait tant. Sa pensée était centralisée sur une partie de golf au country club, pourquoi il lui a fallu un moment pour enregistrer ce qu'elle disait. 

  Il regarda sa fille avec curiosité, le verre suspendu à mi-chemin de ses lèvres comme s'il attendait la résolution d’une blague. Ne la voyant pas arriver il frappa sa main libre sur la table.

  « Sur mon cadavre ! Ce sont tous des ay-rabs ! » il cria. « Tous des païens avec leur religion impie ! Des sauvages ! »

  « Daddy ! Le Coran a les mêmes prophètes que la Bible. »

  Elle essaya de le raisonner. Ses ancêtres anglais avaient risqué leur vie et celles de leurs familles à travers des eaux inconnues pour pratiquer leur religion comme ils l’entendaient. Les parents de Kadir avaient quitté l'Iran pour les mêmes raisons. Inutile. Daddy était, sans équivoque, impénitent. Pour lui, même les méthodistes étaient des païens, et ne commençons pas avec les catholiques.

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  Maria et Mario, jumeaux identiques, avaient presque un an de plus qu'Alex. Leurs parents, Donato Fortuni et sa femme Mariana, avaient émigré de la Sicile après que Donato gifla un officier de l'armée de Mussolini avant de déserter. Le capitaine du vaisseau de croisière The Rex était antifasciste, et les fit monter à bord en clandestin juste au moment où le navire mettait cap sur New York. L’aumônier les a mariés sur le pont, du riz fut jeté par les passagers, et le médecin du navire prit une photo du jeune couple avec la Statue de la Liberté en arrière-plan.

  Six mois plus tard, le 7 décembre 1941, après que l’Amérique entra dans la Seconde Guerre Mondiale, le président Franklin Roosevelt signa un décret pour l'incarcération des citoyens d'origine Japonais, Allemand et Italien. Ceux qui n'étaient pas placés dans des camps subissaient le couvre-feu. Interdis de radio, caméras et télévision, ils ne pouvaient voyager à plus de huit kilomètres de chez eux sans autorisation. Donato fut obligé de porter une étiquette avec les mots Enemy Alien. Mariana, humiliée, ne voulait quitter leur appartement de Brooklyn mais Donato le pris avec philosophie. C'était mieux que d'être envoyé par Mussolini envahir la Russie ou la Grèce. 

  Les premières années, il exerça une multitude de petits travaux. De la reproduction en plâtre de la Statue de la Liberté, au serveur dans les restaurants avec les nappes à carreaux blancs et rouges – symbole du vin blanc et rouge des restaurants italiens. Il apprit à souder et gravit les échelons jusqu'au poste d'inspecteur. Lorsque son autorité était mise en doute en raison de sa prononciation il disait « Einstein parlait avec un accent ». Quand il prit sa retraite il continua comme conseil, sinon il aimait regarder le football sur la chaîne italienne et manger la cuisine de sa femme.

  Les jumeaux, malicieusement, coupaient les cheveux de la même manière, portaient les mêmes lunettes et s’habillaient avec le même genre de vêtements. À première vue il était difficile de les distinguer. Cependant, ils avaient des personnalités assez différentes. Là où Maria était prudente et pratique, Mario était un casse-cou impulsif.

  À leur retour de la messe Mariana prépara un déjeuner à emporter au musée afin qu'ils n'aient pas faim.

  « Qui l'a découvert ? » demanda Maria une fois dans le bus.

  « Le cristal fossilisé ? Des Bédouins, par accident, dans la pointe la plus septentrionale du désert du Sahara, près de la Libye, » dit Zahni. « C'est unique en son genre, et ils auraient pu le vendre à un prix élevé. Au lieu de cela ils l'ont apporté directement à la Société Archéologique, fidèles à leur mode de vie nomade. Bédouin, en arabe, signifie ‘habitant du désert’ ».

  « Moi, je l'aurais vendu, » déclara Mario.

  « Pas de surprise, » répondit sa sœur. « Tu ferais presque n'importe quoi pour l'argent. »

  L'importance que Mario portait à l'argent n'était pas un secret, il prévoyait d'être millionnaire avant ses trente ans et avait déjà une importante réserve sur un compte d'épargne, pour quelqu’un de quinze ans. Ils avaient tous des travaux annexes, la tonte de pelouse, baby-sitting ou tutorat, mais quand ils sortaient pour le déjeuner Mario choisissait toujours le repas le moins cher. Aucune quantité de taquineries pouvait ébranler sa résolution.

  « Comment le squelette s'est-il transformé en cristal ? » demanda Alex. Elle regardait la photo sur le dépliant.

 « Les scientifiques n’arrivent pas se mettre d’accord. Soit une météorite, soit une infiltration d'eau d'un gisement de quartz. Je dirais que la seconde supposition est plus proche de la vérité. Les os fragiles d'un oiseau ne pourraient jamais résister à l'impact d'une telle explosion, à moins bien sûr que les passages d'air aient créé une réaction chimique importante provoquant une fossilisation instantanée, il y a 150 millions d'années. »

  Il a plu presque tous les après-midis pendant un mois lorsque le météorologue annonça jovialement un temps ensoleillé pour le reste de la semaine. Au bon moment les nuages se sont ouverts, révélant des taches de ciel bleu intense. À cause du climat agréable et l'exposition très attendue il y avait de nombreux visiteurs le dimanche. Puisque c'étaient les vacances de printemps les amis ont décidé de revenir mi-semaine avec moins de monde. 

  Avant de partir, Zahni voulait voir rapidement l'extraordinaire fossile de cristal et pendant que les autres visitaient le jardin botanique, il se fraya résolument un chemin vers exposition. L'avantage d'être un garçon de neuf ans de petite taille est qu'on peut s’insinuer sans que personne s'énerve ouvertement. 

  Le squelette, calé sur un piédestal, était éclairé par derrière. Il prit quelques photos avant qu'un garde ne le remarque et s'assit sur un banc près de l'entrée. Deux hommes ont attiré son attention. Malgré la chaleur de la journée ils portaient des vestes et semblaient déplacés.

  Cachaient-ils quelque chose ?

  Zahni mit sa tête dans son livre et fit semblant de lire. Ils bavardaient et regardaient la foule, probablement des agents de sécurité. Zahni se remit à étudier l'image sur le dépliant du squelette cristallisé qui laissait les scientifiques perplexes.

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  « Oh, mon Dieu ! » Alex cria.

  Kadir et Zahni, dans la cuisine, ont couru vers la salle de télévision où elle regardait les informations. Elle montra du doigt l'écran.

  « On l’a volé ! »